C’est par cette formule sobre que jusqu’à son décès la semaine dernière, Terence OTWAY racontait la victorieuse mais tragique épopée que constitue l’assaut de la batterie de Merville par les parachutistes Britanniques à l’aube du 6 juin 1944.
Dix mots pour résumer des semaines de préparation, un plan longuement échafaudé, un entraînement qui ne devait rien laisser au hasard.
Dix mots pour raconter une nuit de feu et de sang, des avions qui se perdent, des parachutistes qui se noient par centaines, une tragédie ou rien ne se passe comme prévu.
Dix mots pour expliquer qu’en dépit de tout cela, du drame qui se noue, de l’absence de moyens, du fait qu’un cinquième seulement de son bataillon est présent au rendez-vous, Terence Otway a pris la décision terrible de lancer l’inimaginable assaut.
Dix mots pour dire qu’au terme d’une demi heure de combats acharnés parfois au corps à corps, la batterie est tombée, réduite au silence au moment même ou les premières barges de débarquement accostaient sur la plage Sword.
J’ai eu la chance et le privilège de rencontrer à de nombreuses reprises Terence Otway et de parler avec lui de cet assaut désespéré sur la batterie de Merville . Aujourd’hui encore je me demande ce qui fut pour lui le plus dur à vivre : cette aube du 6 juin durant laquelle il a dû prendre de terribles décisions ou bien les 62 années qui ont suivi ?
Pendant 62 années Terence, vous aurez incarné ce 9ème bataillon parachutiste, 750 hommes jeunes et braves sur lesquels une destinée implacable s’etait abattue. Pendant 62 ans vous aurez été la voix de ceux qui ne pouvaient plus parler, pendant 62 ans vous aurez été le regard de ceux qui ne pouvaient plus voir. Vous aurez emporté avec vous, toujours et partout dans votre existence vos compagnons d’armes disparus dans la fleur de l’âge, un bataillon de fantômes dont vous défendiez la mémoire et qui bien souvent a dû hanter vos nuits.
Il y a quelques mois Terence, le 8 mai 2005 lorsque vous êtes venu à Merville pour la dernière fois afin d’inaugurer la rue portant votre nom, vous aviez terminé vos remerciements en vous tournant vers les habitants, nombreux pour vous accueillir en leur disant : God bless you… Dieu vous protège.
Aujourd’hui le vieux chef est mort. Merville a perdu son héros.
Mais le regard de bronze du Colonel OTWAY continuera de veiller sur la batterie de Merville.
Pour toujours.
God bless you Terence.
Allocution de Monsieur Olivier Paz, Maire de Merville-Franceville.