Cérémonies de Juin 2007

- A la batterie de Merville, les cérémonies commémoratives du Débarquement ont réuni, hier pour la première fois, les libérateurs et leurs anciens ennemis.

Il est 18 h 10, hier, site de la batterie de Merville, près de Ouistreham, au nord-est de Caen. Le drapeau allemand est hissé aux côtés de celui de la Grande-Bretagne et de la France. L'image est symbolique. L'hymne germain vient d'être joué par une fanfare britannique. Au pied du mât, une dizaine de vétérans des troupes aéroportées de l'outre-Manche sont réunis. La cérémonie est empreinte d'émotion. Plusieurs centaines de personnes, dont le colonel Duhr, attaché militaire de l'ambassade d'Allemagne, sont présentes. Ce dernier dévoile une plaque en hommage aux combattants de toutes nationalités ayant péri à la batterie de Merville.
Avant l'ouverture des cérémonies, deux avions T-6 Terxan de la dernière guerre sont passés à basse altitude au-dessus du site historique.
« Pour la première fois, les célébrations du 63e anniversaire du débarquement allié à la batterie de Merville associent l'ennemi d 'hier et nos libérateurs, se réjouit Olivier Paz, maire de Merville, à l'initiative de cette commémoration. Cette journée du 6 juin 1944 fut pourtant, pour un camp comme pour l'autre, une tragédie.» Des 700 parachutistes, du colonel Otway largués. dans la nuit, seuls 75 restaient en état de combattre après l'assaut. Côté allemand, la garnison, de 130 hommes commandée par le lieutenant Steiner ne comptait que 28 survivants.
Une démarche de mémoire amorcée en 2004 à Caen, par la rencontre Chirac-Schroeder. « Au travers de ces cérémonies commémoratives, confie le maire de Merville, je vois un message d'espoir de paix et de liberté pour les générations futures. »

Emilie.

- Le discours du président, M. Paz, MBE.

"Madame l’ambassadrice,
Monsieur le Président du Comité du Débarquement,
Monsieur l’attaché militaire de l’ambassade de Grande Bretagne,
Monsieur l’attaché militaire de l’ambassade d’Allemagne,
Monsieur le Député,
Monsieur le Sénateur,
Mesdames et messieurs les élus,
Chers amis,

Qu’il me soit tout d’abord permis de remercier pour leur présence les très nombreuses personnalités, celles que je viens de citer bien sûr, mais aussi le Général Gray, Président de l’Assault Airborne Normandy qui nous apporte depuis plus de 20 années un soutien sans faille.
Merci également à Emmanuel Lopez que j’ai le plaisir et l’honneur d’accueillir « chez lui » pourrait on dire puisque le Conservatoire du littoral qu’il dirige est propriétaire de ces lieux.
Merci de leur présence aux représentants du Conseil Général et du Comité Départemental du Tourisme qui, par leur appui, nous ont permis de doter ce site emblématique du débarquement d’une muséographie à la hauteur de ce qui s’est passé ici.
Merci à Jean d’Aigneau, président du musée de Sainte-Mère-Eglise qui représente ici l’autre aile du débarquement et l’opération aéroportée américaine.
Merci enfin à Jean OTWAY d’être présente moins d’un an après la disparition de Terence et qu’elle soit certaine que cette cérémonie se déroule, là ou il est, sous le regard du « vieux chef ».

La batterie de Merville : un objectif déclaré vital et prioritaire pour le jour J par le Haut commandement allié. La suite pour beaucoup d’entre vous, vous la connaissez : dans les premières minutes de ce 6 juin, à minuit trente précisément 700 hommes jeunes et braves portant fièrement le béret amarante ont embarqué dans leur Dakotas, forts d’un entrainement rigoureux et d’une détermination sans faille. On leur avait confié une mission difficile mais ils allaient la remplir.
Et pourtant, d’emblée, la tragédie s’est emparé du ciel. De mauvais largages, le matériel dispersé, les 2/3 du bataillon noyé dans les marais de Varaville et alors que l’aube va poindre seulement 150 parachutistes aux portes de cette redoutable batterie. Comme le dira plus tard Terence Otway qui commandait ce 9ème bataillon : « je n’avais pas de mortier, pas de mitrailleuse, pas de détecteur de mines, une seule radio mais hors d’usage… en fait je n’avais presque rien si ce n’est une sacrée poignée d’hommes ».
Dans ces conditions extrêmes, parce qu’il n’imagine pas laisser des milliers d’hommes débarquer sur la plage Sword sous le feu des canons de Merville alors que c’était la tâche de son bataillon que de les neutraliser, Terence OTWAY décide de lancer l’inimaginable assaut et hurle son mémorable « get in, get in, en avant ! »
Epopée victorieuse mais tragique, la batterie est neutralisée, les canons se taisent, les barges de débarquement peuvent accoster sur la plage SWORD mais le bataillon est, au sens propre du terme, décimé, réduit à l’effectif d’une compagnie.
Comment imaginer que sous ces vertes et paisibles prairies se cache un effroyable cimetière ? Comment imaginer ce qu’étaient ces lieux, à l’aube du 6 juin quand ne restaient sur place que les corps déchiquetés, broyés, méconnaissables des assaillants et des défenseurs que la mort avait réunis dans une même sépulture. Ils s’appelaient John, Doug, Allen et Georges, ils avaient 18, 19 ou 20 ans, ils préparaient cet assaut depuis des semaines et en ce matin du 6 juin 1944, en attaquant la batterie de Merville, ils allaient mourir.
Ils s’appelaient Hans, Carl, Heinrich et Rudy, ils étaient un peu plus âgés, ils s’étaient préparés depuis des mois à repousser l’assaut et en ce matin du 6 juin 1944, retranchés dans la batterie de Merville, ils allaient mourir.
Aujourd’hui pour la première fois les célébrations du 63ème anniversaire du D-Day à Merville associent l’ennemi d’hier et nos libérateurs dans le même recueillement. J’y vois un message d’espoir, de paix, de liberté pour les générations futures. Cet espoir, cette paix, cette liberté que les bérets rouges nous ont amenés dans les plis de leurs parachutes un matin du juin. Des parachutes de soie blanche… L’étoffe des héros. Je vous remercie."

Olivier Paz

- Allocution par l'attaché militaire d'Allemagne, Oberst i.G. Christian Duhr

"Monsieur le Maire… chers amis français et britanniques,

Lorsque j'étais en train de me préparer pour cette cérémonie d'inauguration et pour cette allocution, j'ai tout de suite su que ce serait pour moi un moment particulier, très émouvant.

Devant vous, soldats de Grande-Bretagne, de France et d'Allemagne, qui avez participé à la guerre, je vois la génération de mon père décédé et je me sens très proche de lui en ce moment.

Il n'a pas eu la chance, comme moi, d'être né dans une Allemagne dans laquelle règnent le droit, la dignité humaine et la liberté, dans une Allemagne qui a des amis et des alliés prêts à défendre et à protéger ces valeurs les uns pour les autres et les uns avec les autres.

Bien au contraire, il a passé son baccalauréat en 1939, fut appelé, tout de suite après, dans la Wehrmacht et devint – à l'instar de toute une génération – l'exécuteur d'un régime dont le véritable visage devait se révéler à ses yeux, seulement des années plus tard, dans toute son horreur.
Il participa comme jeune officier artilleur à la campagne en France, puis commanda sa propre batterie sur le front Est. Lorsqu'il revint fin des années 40 des camps de prisonniers russes, il apprit que ses deux frères étaient morts au combat et que son propre père avait été interné à plusieurs reprises par les nazis.
Il n'a jamais été « nazi », mais un patriote allemand, il l'est resté jusqu'à la fin de sa vie.

Si je vous raconte tout cela, c'est qu'une biographie comme celle-ci n'est pas un fait isolé aux temps de la plus sombre période de ma patrie, mais elle était en grande partie tout à fait normale.
Je vous raconte cela, même si je sais que c'est vous justement, anciens combattants, qui êtes allés à la rencontre les uns des autres après la guerre, qui êtes les véritables initiateurs de cette estime partagée et de ce respect mutuel, qui, plus tard, se sont mués bien souvent en un attachement et une amitié personnelle.
Estime, respect, attachement et amitié, telles sont les valeurs qui ont conduit nos pays à l' Europe où nous vivons aujourd'hui.

Monsieur le Maire, Messieurs les vétérans, chers amis,
il m'a été demandé d'inaugurer aujourd'hui une plaque perpétuant le souvenir de tous les soldats qui, ici même, ont assumé leur mission jusqu'à la mort.

Je vous remercie tous pour l'honneur personnel et pour ce geste généreux, ceci aussi et notamment au nom d'une génération allemande leurrée, qui bien souvent est encore aujourd'hui à la recherche de compréhension, de clémence et de paix intérieure.

Que Dieu vous bénisse."

Christian Duhr